GALERIE BERNARD BOUCHE
PIERRE TAL-COAT
 Pierre Tal-Coat Sans Titre, 1980. Huile sur toile. 23,5 x 33 cm
 
Pierre Tal-Coat Sans Titre, 1980. Huile sur toile. 23,5 x 33 cm

"Il me faut inlassablement revenir sur cette essentielle, impérieuse communication du visible, de l'invisible. Je ne suis pas encore persuadé que l'on ait porté même le plus petit intérêt à cet aspect pour moi de primauté", écrit Pierre Tal Coat dans sa lettre à Françoise Simecek le 19 août 1971; plus loin, il rajoute,à propos de la feuille de papier: "cette aire n'étant elle-même fermeture mais disponibilité totale à l'ouverture". Il est important pour l'artiste que l'on regarde ce qu'il esquisse comme pouvant faire partie d'une trajectoire plus vaste que la surface de la feuille de papier, comme quelque chose qui balancerait entre l'apparaître et le disparaître.

La lumière joue un rôle déterminant dans la peinture de Tal Coat. Elle est l'insaisissable qu'il veut et doit saisir car c'est par elle que l'univers se meut. C'est elle qui éclaire et sauve ses tableaux les plus terreux comme les plus vifs, ses pâtes qu'il travaille dans un mouvement qui va de l'intérieur vers l'extérieur, pour tirer à la surface cet espace invisible qui lui importe tant. C'est elle aussi qui apporte cette dimension spirituelle aux oeuvres de celui qu'on a longtemps qualifié comme le coloriste le plus doué de sa génération alors qu'il n'était pas uniquement un coloriste. 

Revivre le geste le plus ancien de l'homme dans la forme d'un silex lui est une manière de se reconnaître dans le monde qui ne diffère pas essentiellement de son expérience de peintre du XXe siècle. La peinture de Tal Coat est une ouverture sur le monde qui passe outre les illusions de la perspective. C'est d'une autre façon qu'il nous permet de traverser, d'accéder au monde qui le touche, le monde resté inchangé depuis la préhistoire, et que l'on retrouve dans sa peinture brute qui a les couleurs de cette nature.